La fonction RH est-elle vouée à disparaître ?

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Telle que nous la connaissons, la fonction ressources humaines est obsolète et désuète. Elle est une caricature. Les crises socio-économiques actuelles ont bouleversé notre vision de l’entreprise et forcent les responsables RH à abandonner les anciennes méthodes.

Les limites des méthodes de gestion des ressources humaines actuelles

Le recrutement

Non, vous n’êtes pas un génie du recrutement et de la lecture à froid si vous demandez régulièrement “Pourquoi voulez-vous travailler pour nous” aux candidats lors d’entretiens d’embauche.

La plupart d’entre eux meurent d’envie de vous répondre “Pour remplir mon frigo”, “Ma passion pour le philatélisme me coûte cher” ou encore “Vous avez un salon de massage, qui refuserait ça ?”. Vous devez penser que ceux qui sont incapables de répondre de façon claire et concise à cette question ne sont simplement pas faits pour travailler dans votre entreprise.

Vous êtes en tord et ce genre de questions est à bannir. Il est temps d’ajouter un peu de rigueur dans vos processus de recrutement. Demander aux candidats de caresser votre entreprise dans le sens du poil n’est absolument pas révélateur de l’épanouissement, de l’engagement et de l’efficacité dont ils pourront faire preuve au sein de l’entreprise.

Bien pire encore, selon une étude de Leadership IQ (“Why new hires fail”, 2005), 46% des recrutements échouent, ce qui signifie qu’un recruteur est à peine plus efficace qu’un lancé de pièce. Enfin un recruteur, malgré son expérience, n’est à priori pas plus efficace qu’une personne au hasard prise dans le rue.

Un autre biais qui fait fureur dans les ressources humaines est de ne considérer que les compétences des candidats. Or vous ne recrutez jamais des compétences. Vous recrutez des potentiels. Ces derniers ne se développeront jamais dans un environnement qui ne leur correspond pas.

De plus, le trio de tête des critères préférés des rh lorsqu’ils recrutent semblent être non significatifs. Il s’agit du nombre d’années d’étude, de l’expérience professionnelle et de l’age. A l’opposé, les meilleurs indicateurs pourtant délaissés sont les tests de capacité cognitive générale et les tests d’intégrité. Ci dessous, un résumé des corrélations avec la performance de l’étude en question

Tests d’intelligence (General Mental Ability) : 0,51
Tests d’intégrité (honnêteté) : 0,38
Expérience en poste : 0,18
Années d’études : 0,10
Age : -0,01

La paie, les congés, le droit et autres extensions

A leur décharge, les rh sont souvent victimes de l’effet couteau suisse. A la fois au four et au moulin ils exercent des fonctions qui ne devraient pas être les leurs. Il serait bon de réfléchir à une refocalisation des services rh autour du recrutement et du management. On imagine mal un technicien informatique réaliser des démarches commerciales auprès des clients alors pourquoi certaines entreprises continuent de donner à leurs rh des tâches radicalement opposées qui nécessiteraient deux postes bien distincts ?

Le management

Ainsi, une fois passé le cap du recrutement, le management fait souvent défaut car il repose sur des concepts et surtout sur des raccourcis qui ne fonctionnent pas. Les employés ne s’accomplissent pas dans leur entreprise parcequ’ils ne sont pas en adéquation avec ses aspirations profondes, ils ne la comprennent pas. Motiver ses troupes avec des primes et des récompenses ne suffit plus. Un taux de turnover en hausse est alors inévitable.

Qui voudrait rester dans une entreprise avec laquelle on ne partage aucune valeur ou sentiment d’engagement ?

Vers un essor de la culture d’entreprise et de l’adéquation des valeurs

Il est fort à parier que les recruteurs et autres directeurs des ressources humaines vont êtres petit à petit remplacés par des experts en culture d’entreprise et des psychologues sociaux (Appuyé par l’étude “Global RH 2013” de Michael Page).

La tendance actuelle est à l’harmonie, les travailleurs cherchent du sens dans leur travail. D’ailleurs La culture d’entreprise est le 1er facteur pris en compte par les candidats pour choisir une entreprise (The Kelly Global Index , Acquisition and retention in the war for talent, 2012).

Désormais bien plus qu’un moyen de subvenir à ses besoins il est une aspiration, un désir, parfois un rêve. Contrairement à l’idée reçue, l’implantation de tests psychométriques et de systèmes de mesures au coeur du processus de recrutement ne déshumanise absolument pas le procédé. La peur qui consiste à ce que les résultats de tels tests soient utilisés à l’encontre du candidat est compréhensible mais injustifiée. Au contraire elle évitera l’expérience fatigante d’une entreprise qui ne correspond finalement pas aux valeurs du postulant. Certains experts en culture d’entreprise seront même capables de réorienter directement le postulant vers une entreprise qui lui correspond.

Ces nouvelles méthodes s’appuient sur plusieurs années de recherches approfondies en psychologie et en statistiques. Elles permettent une insertion intelligente de l’employé dans l’entreprise et sont des vecteurs très puissants d’épanouissement et d’engagement de la part des salariés.

Et pour cause, s’intéresser aux valeurs d’une personne, d’une entité ou d’un groupe c’est les connaître et les comprendre d’une façon beaucoup plus profonde et immuable. Les valeurs ne changent que très peu au cours de notre vie, il faut beaucoup de temps ou un événement très fort pour venir les altérer.

La culture d’entreprise n’est pas pas une mode. Elle est une prise de conscience. Elle a toujours existé et toutes les entreprises ont leur culture unique. Les travailleurs s’y intéressent de plus en plus et c’est la raison pour laquelle la culture d’entreprise est devenue le premier facteur pris en compte par les candidats. Aussi il serait de bon ton de se pencher de plus en plus sur ce qui rend votre entreprise unique, ce qui la représente et la définit. C’est à dire votre culture.

À la poubelle les méthodes dépassées de recrutement, intéressez vous à l’adéquation des valeurs entre votre entreprise et les candidats.

La culture jouera probablement un rôle déterminant dans la réussite ou l’échec des entreprises du 21ème siècle. Pour survire les entreprises devront adapter leur culture pour être plus flexibles.

– John P. Kotter, Leading Change,

La fonction RH telle que nous la connaissons est appelée à disparaître, à prendre une nouvelle forme.

Êtes-vous prêts pour le changement ?

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Arnaud Knobloch

Geek & Entrepreneur

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