Le vibe coding m’a rendu 100 fois plus rapide. Et beaucoup plus fatigué. Ancien développeur devenu fondateur, j’ai basculé côté sales et marketing il y a plus de quinze ans. J’ai gardé le background tech, mais plus la pratique. Avec l’IA, et surtout depuis Claude Code, j’ai recommencé à « coder ». Pas au sens traditionnel : je passe directement d’une idée à sa réalisation, d’un besoin à une solution. Je n’ai plus d’IDE. Et je n’ai pas relu une ligne de code depuis longtemps.
Comment on en arrive là
Au début, je lui confiais une user story. Puis une feature. Puis plusieurs en parallèle. C’est là que j’ai réalisé deux choses : il produisait plus vite que mes top développeurs, pour une fraction infime du coût. Et quand mes développeurs relisaient son travail, le retour était presque toujours le même : le code est bon, il n’y a pas grand-chose à redire.
Alors j’ai continué. Le dev, puis le marketing, la com, les finances. Puis des projets entiers de A à Z. Puis plusieurs projets en parallèle. Puis une partie de ma vie perso.
Ce que j’avais planifié sur six mois avec une équipe se faisait seul en deux jours.
Les chiffres
Deux licences Claude, environ 450 € par mois.
Dès le deuxième mois, je lui ai demandé de rationaliser mes coûts serveurs : 1 000 € d’économies mensuelles. L’abonnement était rentabilisé avant même d’avoir produit quoi que ce soit d’utile.
Ensuite, les freelances à 600 € la journée ont disparu de la plupart des projets. Puis une partie de mes abonnements SaaS, remplacés par mes propres outils. Aujourd’hui, un méta-projet supervise tous les autres : dev, marketing, com, sales, finances. Il tourne en continu, sur l’ensemble de mes projets. Pour réduire les coûts, ça fonctionne remarquablement bien. Pour augmenter le chiffre d’affaires, c’est une autre histoire : l’IA ne remplace pas le product-market fit, et je continue de chercher.
Mais il y a une chose que je n’avais pas anticipée.
La fatigue
J’utilise Claude Code en CLI, dans un terminal. Cinq à dix onglets ouverts en permanence, un par projet. Une instruction dans le premier. Je passe au deuxième. Je lis une réponse dans le troisième. Je tranche une décision dans le quatrième. Je reviens au premier.
Toute la journée.
Le goulot d’étranglement n’est plus la vitesse d’exécution. C’est mon cerveau, qui doit changer complètement de contexte toutes les cinq minutes, entre des secteurs d’activité qui n’ont rien à voir entre eux.
Et ça, ça épuise.
Pire : on s’habitue
Cette vitesse devient la nouvelle norme.
Besoin d’un Shopify ? Pourquoi payer Shopify. Je construis quelque chose de custom en deux jours, exactement adapté au besoin.
Une agence propose 5 000 € à ma compagne pour un plugin WordPress ? « Va coucher notre enfant. Quand tu redescends, ce sera fait. » Le plus troublant, c’est que c’était vraiment fait.
Il y a trois ans, cette phrase aurait été ridicule. Aujourd’hui, elle est simplement descriptive.
La boîte noire
J’ai arrêté de lire le code. Puis j’ai arrêté de tout tester moi-même. Et sur certains projets, je ne sais plus exactement comment les choses sont implémentées. Je comprends le besoin, l’architecture générale et le résultat. Le reste est devenu une boîte noire que je pilote.
Le matin, quand mes agents ont tourné toute la nuit, j’ai l’impression d’être en retard sur mes propres IA. Lire ce qu’elles ont produit, valider, arbitrer, répondre, relancer. Sur vingt projets, dans vingt domaines différents.
Le vrai paradoxe
L’IA devait me faire gagner du temps. Elle m’a surtout donné la capacité de faire beaucoup plus de choses dans le même temps.
Avant, une idée rencontrait très vite un mur : budget, recrutement, disponibilité des devs, délais, arbitrage de roadmap. Ces contraintes étaient frustrantes, mais elles choisissaient à ma place.
Aujourd’hui elles ont disparu. Une idée peut devenir un prototype dans la journée. Et les idées, elles, sont infinies.
Quand le coût marginal de transformer une idée en projet tombe à zéro, la ressource rare n’est plus le développeur, ni même l’argent. C’est l’attention du fondateur.
C’est probablement là qu’est le nouveau risque de burn-out. Pas celui des journées interminables à produire. Celui d’une capacité de production devenue quasi illimitée, branchée sur un cerveau humain qui, lui, n’a pas été multiplié par cent.
Et pour l’instant, la seule limite que je vois, c’est celle que je me fixe moi-même. Ce qui est une mauvaise nouvelle, parce que je suis assez mauvais à ça.

